La plupart des Belges estiment que la personne enceinte doit pouvoir prendre elle-même une décision en cas de grossesse non désirée. Plus de la moitié de la population souhaite également que l’avortement soit possible à un stade plus avancé de la grossesse. C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude menée par Indiville en collaboration avec le panel citoyen Bpact, à la demande de l’asbl centre d’avortement LUNA.
Large soutien en faveur de l’avortement
L’étude révèle que 90 % des Belges estiment que la personne enceinte doit pouvoir décider elle-même en cas de grossesse non désirée. Les autres acteurs impliqués dans la décision sont le médecin traitant (23 %) et le partenaire (21 %).
L’acceptation de l’avortement est également très forte. Sur une échelle de 0 à 10, l’avortement obtient une note moyenne de 7,6. Sept Belges sur dix lui attribuent une note d’au moins 7.
Par ailleurs, 87 % de la population estime que l’on devrait pouvoir parler ouvertement de l’avortement. Selon 83 % des répondants, une personne ayant subi un avortement n’a pas à en avoir honte.
« Cette étude mesure non seulement les opinions pour ou contre l’avortement, mais aussi les connaissances et les réflexions sous-jacentes : ce que savent les Belges âgés de 18 à 79 ans sur la réglementation et comment ils jugent des situations concrètes. Ce tableau est plus nuancé qu’une simple classification en partisans et opposants », explique An Katrien Sodermans, chercheuse chez Indiville.
Plus de la moitié des Belges souhaitent un délai légal plus long
En Belgique, l’avortement est aujourd’hui autorisé jusqu’à 12 semaines de grossesse. Des exceptions sont prévues pour certaines raisons médicales.
L’étude révèle que 54 % des Belges souhaitent modifier le délai actuel :
- 38 % souhaitent un délai légal plus long.
- 16 % estiment qu’il ne devrait pas y avoir de délai légal.
- 24 % souhaitent conserver le délai actuel de 12 semaines.
- 5 % souhaitent un délai plus court.
- 2 % souhaitent interdire totalement l’avortement.
- 15 % n’ont pas d’avis sur la question.
Au total, 42 % des Belges se prononcent en faveur d’un délai d’au moins 18 semaines ou de l’absence totale de délai légal.
L’opinion des Belges dépend également de la situation. 85 % d’entre eux estiment que l’avortement doit être possible à 18 semaines après un viol. En cas de difficultés financières, 65 % des Belges sont favorables à l’avortement jusqu’à 15 semaines. Et 58 % estiment qu’un avortement est acceptable à 17 semaines pour une personne seule qui ne souhaite pas avoir d’enfants.
Des avis partagés sur le délai d’attente obligatoire
Aujourd’hui, en Belgique, un délai d’attente obligatoire de six jours s’applique entre le premier rendez-vous et l’avortement.
L’étude révèle que 53 % des Belges souhaitent conserver un délai d’attente légal. 30 % s’y opposent et 17 % sont sans avis.
Toutes les personnes favorables à un délai d’attente ne pensent toutefois pas nécessairement qu’il doive durer six jours. Au sein de ce groupe, 36 % des répondants estiment que la personne enceinte et le professionnel de santé doivent déterminer ensemble le délai nécessaire. 35 % optent pour les six jours actuels.
« Dans la pratique, nous constatons que le processus de réflexion ne commence pas lors du premier rendez-vous dans un centre d’avortement », explique Carine Vrancken, de l’asbl LUNA. « De nombreuses personnes ont déjà mûrement réfléchi avant de s’adresser à nous. »
Les Belges veulent une législation fondée sur la science
Enfin, 76 % des Belges estiment que la loi sur l’avortement doit avant tout s’appuyer sur les recommandations d’experts scientifiques plutôt que sur des convictions politiques.
L’étude montre qu’il existe un large soutien en faveur du droit à l’avortement. Dans le même temps, les opinions divergent quant au délai légal et au délai d’attente obligatoire. Les résultats montrent que les Belges tiennent également compte, dans leur jugement, de la situation personnelle de la personne enceinte.
